Of men and war

Laurent Bécue-Renard.

ofmen

Vendredi j’ai assisté à la projection d’Of men and war, qui était suivie d’une rencontre avec Laurent Bécue-Renard, le réalisateur. Ce film est le deuxième d’un cycle intitulé « Genealogy of wrath », sur les dommages psychiques des guerres contemporaines.
Le premier, De guerre lasses, était centré sur les femmes, les mères, les veuves. Celui –ci se concentre sur les hommes, les pères, les guerriers.
Un sujet compliqué, sans doute pas simple à vendre, difficile à traiter visuellement, à incarner physiquement, à cerner globalement. Et pourtant, ce documentaire de 2h22 sur le syndrome post traumatique des soldats américains revenant d’Irak est une réussite totale.

Tourné durant neuf mois au sein d’un centre thérapeutique en Californie, il suit douze soldats, qui ont choisi de venir vivre dans cet endroit, pour essayer de survivre à tout ce qu’ils ont vécu là-bas, à l’autre bout de la planète.

Laurent Bécue-Renard s’est installé dans le centre dès sa création et la caméra a, dès le départ, fait partie du processus thérapeutique. Il en ressort une proximité et une intimité avec les garçons, comme il les appelle, qui fait la force du film.

Ces témoignages sont terribles. Ces hommes sont partis faire la guerre en étant à peine sortis de l’adolescence pour certains, ils en avaient peut-être une image légèrement romantique et cherchaient probablement une stature sociale (hypothèse du réalisateur), ils en sont revenus broyés.

Laurent Bécue-Renard, et un des anciens soldats dans le film, parle de « béance » intérieure. On l’imagine, c’est étrange mais on peut quasiment la voir, comme s’ils avaient un trou immense dans la poitrine, à la place du cœur certainement, qui les empêche de vivre dans un quotidien où leur place n’est plus.
Ils sont déchiquetés, ils racontent ce qui les retient de dormir, parfois des jours durant, ce qu’ils ont subis, ce qu’ils ont fait subir.

Ces soldats sont revenus chez eux. Ils imaginaient ce retour, ils en rêvaient sans doute, mais la douleur qui les a cueillis en arrivant, a été comme une double peine.
Le décalage avec la famille, la haine, la rage, l’anxiété en public, le sentiment qu’il aurait été tellement plus simple d’y passer là-bas finalement, les tentatives de suicide, les fantômes qui hantent, la honte, la culpabilité, le désespoir, ceux qu’ils étaient mais ne sont plus, l’impuissance, les cauchemars.

Et toujours, ces lunettes noires derrières lesquelles il est plus facile de se livrer aux autres.

Tout est abordé, avec finesse. Les neufs mois de thérapie se croisent avec les images tournées les années suivantes, au sein de leurs familles respectives. Les corps changent, les sourires, les pleurs, les doutes, les projets alternent.

Ce film, et la discussion qui a suivie, étaient passionnants.
Combien d’hommes, aux Etats-Unis, en France, ailleurs, voient leurs vies piétinées irrémédiablement, sur l’autel de la patrie, de la lutte contre « l’ennemi » ? Combien s’en sortent, tant bien que mal, avec une canne, physique ou chimique ?

Je vais les garder longtemps, dans un coin de mon crâne, ces mecs-là. Et je vais y garder une place pour les femmes de De guerre lasses, dont le visionnage promet d’être tout aussi nécessaire.

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