We feel honored to play here [Soundcheck #42]

 

Métro ligne 2 direction Nation via Barbès Rochechouart.

Je m’assois en face d’un trio de collégiens, je les embrasse d’un coup d’œil : des petits bourgeois de 12-13 ans.

La 3G passe mal sous terre et à bien y regarder, le pantalon de l’un d’entre eux est un peu trop court, son manteau élimé, ses baskets vieillottes.

La jeunette du lot arbore fièrement son appareil dentaire en jetant des œillades à son joli voisin bien mis, lui montrant quelques jeux à la mode sur son téléphone dernier cri. Ils rivalisent à coup de smartphones sous le regard du troisième qui tente de s’intégrer à leur bulle.

Le regard de ce gamin… Brisé de tristesse. Sans mentir j’ai eu envie d’éclater en sanglot, au beau milieu de la rame.


 

Divan du Monde, extérieur jour.

Je regrette de ne pas avoir d’appareil photo pour immortaliser la file d’attente, mosaïque d’attitudes, de fringues, de coiffures étudiées au cordeau.

On finit par entrer, je me pâme devant la salle. J’avais déjà été au Divan du Monde, il y a de cela quelques années mais je dois dire que je me souviens plus de la vodka du trajet que du lieu en lui-même.
C’est à peu près 5 fois plus petit que dans ma mémoire, ce qui me réjouis absolument !

Le concert était annoncé à 19h. Bon. On se doute bien que dans ces cas-là ça ne commencera pas avant 19h30. MAIS 20H ?! VRAIMENT !?

Résultat, la première partie commence que ton téléphone n’a déjà plus que 35% de batterie, il est tellement en surchauffe que tu préfères le mettre dans ton sac que dans ta poche de peur qu’il explose (oui j’ai un portable low cost), tu as déjà fini ta pinte (« Mais madame la juge, n’avez-vous jamais eu soif !? »), et tu auras envie de pisser pile pour le début du headliner, MERCI HEIN !

 

Faroe entre sur scène, jeune homme frêle, chemise collet monté, sourire sincère, l’air anglais (mais pas l’accent), légèrement et joliment mal à l’aise (il nous apprendra plus tard que c’est la première fois qu’il joue seul) (il faisait partie de Concrete Knives et Samba de la muerte).

Son pseudo me fait repenser à mes vacances portugaises et à la ville où on avait chopé des puces dans une « auberge de jeunesse ». Sauf qu’il le prononce à l’anglaise, que ça ne s’écrit pas pareil et que je viens de découvrir que c’était le nom anglophone pour les îles Féroé.

Rien à voir donc, vous pouvez poursuivre votre chemin.

De l’électro vocale bien faite, à laquelle il manque encore une once d’originalité propre, mais prometteuse. Sauf quand il tente des échappées vers le hip hop, tout le monde n’a pas la sauvagerie rageuse de King Krule.

 

Au bout de 30 minutes de changement de plateau (où j’ai lancé un sitting avec mes voisins), le régisseur plateau vient allumer des bougies sur scène.
Mes heures passées à bouquiner au son de The Acid et l’album que j’écoute en boucle depuis trois jours vont prendre vie en live, je suis l’impatience.

Les deux musiciens s’installent, Ry X arrive, se pose devant le micro et chante…
Je laisse échapper un gloussement nerveux, des larmes me montent aux yeux tellement c’est improbablement beau et purement parfait.

La seule fois où j’ai été touchée comme ça dès les premières secondes, c’était au concert de Money à Bristol (qui est le concert le plus marquant auquel j’ai assisté so far)(autant dire que c’est une référence pas dégueu).

La scène est éclairée par les bougies, et par des projos multifaisceaux aux ampoules orangées qui ombrent les ferronneries du balcon, créant une ambiance douce et intime.
C’est rare de réussir à rendre en live une beauté telle qu’elle est sur album studio, c’est le cas.

Il y a quelque chose de quasi christique chez Ry X, le silence est d’ailleurs religieux pendant les morceaux, ponctué de quelques hystéries entre les chansons.
(Alors que techniquement, c’est, une fois de plus, le batteur qui est remarquable. Il faudrait vraiment que quelqu’un se décide à lancer une étude sérieuse sur la corrélation physique/rythmique. Il y a forcément un truc…)

J’ai sans doute un sourire extatique pendant une heure, qui atteint son apogée avec le rappel où il joue Only.
(Si vous restez de marbre à l’écoute de cette chanson, j’ai le plaisir de vous apprendre que vous venez d’atteindre le stade ultime de la catatonie)

 

Ce moment radieux aura duré 1h10. Et je m’aperçois que j’apprécie de plus en plus un set court mais bien troussé, plutôt que des concerts qui s’étirent.

 

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