Le silence est d’or

Dans nos sociétés contemporaines, j’aurais plutôt tendance à dire que le silence est d’argent.

Comme le faisait remarquer très justement un mec dont je ne retrouve plus le nom dans un article dont je ne retrouve plus le titre (1/2h que je cherche en vain sur Google…), pouvoir échapper au bruit est l’apanage des riches.

Il prenait pour exemple les salons privés d’aéroport, dans lesquels les gens de pouvoir goûtent au luxe du silence, de murs débarrassés de toutes promotions, d’un espace vital préservé (et d’une petite coupette de champagne).
Ce, pendant que nous, la populasse (populasse qui a les moyens de prendre l’avion, même si c’est avec Ryanair, tout est relatif), nous entassions dans des salles d’attente bondées, matraqués par la pub et les gosses qui chialent.

 

Pourquoi je vous parle de ça ?

Parce qu’il y a maintenant trois mois, j’ai déménagé en banlieue parisienne, dans une colocation où nous sommes 5, sur un terrain où cohabitent 5 colocations.
Ce n’est pas un scoop, j’ai une nette tendance à être un poil solitaire et misanthrope. Et à choisir des jobs, certes enthousiasmants, mais payé une misère. D’où la colocation. (Ce n’est pas par pur masochisme).

J’habite à environ 45 minutes de transport de mon lieu de travail, je prends, pour m’y rendre, deux bus et le RER.
Je travaille en open space.
J’ai envie de profiter de l’offre culturelle substantielle de Paris,  je prends, pour m’y rendre au moins 4 fois par semaine, le RER ou le train ou le tram et le métro.

Je suis tombée ce matin, sur un paragraphe dans Histoire de la violence d’Edouard Louis, où il parle d’un travailleur immigré vivant dans un foyer Sonacotra à l’aune des années 60 (je vous laisse imaginer la joyeuseté de l’endroit) :

« Ce qui rend la vie insupportable au foyer, c’est le bruit. Tous les résidents jurent, quand on leur pose la question, que le pire des fléaux, c’est le bruit. […]
Son père lui avait dit qu’en comparaison, tout le reste paraissait presque facile et supportable, parce que le bruit est presque l’une des seules choses qu’il est impossible de fuir ou de contrer. […]
Le bruit est partout, à toutes les heures du jour ou de la nuit, presque autonome par rapport aux personnes qui sont censé le produire, le bruit pénètre les corps par le conduit auditif et se répercute dans chaque parcelle de l’organisme, le bruit harcèle le silence des organes. »

Alors évidemment, je n’aurais pas l’indécence d’y comparer mon quotidien, mais je peux vous assurer que le bruit est en train de me rendre folle.
Que j’entrevois les altérations possibles sur la vie sociale, personnelle, professionnelle. Que je commence à comprendre les pétages de plomb entraînés par la promiscuité. Que je sais à quel point ma situation est tolérable parce que provisoire.

 

Pourquoi je vous parle de ça ?

Parce que ce week end, j’ai vendu un rein pour m’acheter un billet de train et venir passer deux jours à Nantes, dans un appartement vide et insonorisé, où je peux dormir sur mes deux oreilles et sans boules quiès, à n’importe quelle heure du jour et de la nuit.
Parce que je n’écris jamais sans écouter de la musique. Aujourd’hui si.
Parce que je profite de chaque minute de silence ce week end (même si la soufflerie de mon PC contrarie un peu ce calme divin).

 

Demain je serais de retour en Île de France.

Demain, les escalators qui grincent, les MP3 qui saturent, les bus qui freinent, les enfants qui braillent, les ados qui tchipent, les parents qui grondent, les scooters débridés, les haut-parleurs qui grésillent, les voitures qui dérapent, les portables qui sonnent, le crissement des trains sur les rails.

 

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