Beslama

[TANGER PART IV]

Notre hôte nous ayant laissé du café (à défaut d’eau chaude), nous profitons de la vue du rooftop sous un soleil radieux. C’est clairement la plus belle journée du LONG WEEK END et ça tombe bien car on a prévu d’aller prendre un vrai petit dèj au mythique Café Hafa.

En allant acheter des pâtisseries on découvre le quartier et l’immense parc / terrain de sport central. C’est l’endroit de la ville qui me fait le plus penser à l’Oman, un coin un peu plus aisé, où l’architecture et les gens paraissent plus chics.

La découverte du Café Hafa nous laisse sans voix. Une terrasse en étages, qui donne sur la mer et l’Espagne, avec des petites tables en mosaïque trop mignonnes. C’est clairement la sortie du week end pour les tangérois et c’est blindé.

Pour le plus grand malheur de L. c’est surtout blindé d’abeilles car la seule boisson servie est le thé à la menthe et vu la dose de sucre qu’ils mettent dedans, les sols et les murs doivent en être recouverts.

Le jeu consiste donc à empêcher les abeilles de tomber dans ton verre / ou de le boire le plus vite possible sachant qu’il est servi bouillant / ou de t’amuser à récupérer les bestioles mortes parmi les feuilles de menthe #protéines.
(Je me suis personnellement découvert un grand talent pour la pêche).

Bref tout ça n’incite pas à la détente ni à la sérénité. Mais ça favorise le turn over des clients #protip. (Même si certains, comme notre voisine bad ass, n’ont cure des abeilles et boivent leur thé sans y prêter la moindre attention)

 

Sur le chemin vers la médina, on s’arrête au Tombeaux des Phéniciens, orienté comme le Café Hafa. Des grosses pierres creusées où devaient reposer les phéniciens, qui dorénavant sont un pur spot pour chiller ou mater le coucher de soleil.

Au même moment, une vingtaine de lycéens célèbrent on ne sait quoi, au son de la derbouka. Autant je déteste le djembé, autant entendre de la derbouka à Tanger, ce n’est pas déplaisant.

Nous enchaînons avec le Palais de la Kasbah. Les mosaïques et les parures de murs en bois sculptés sont remarquables. L’expo montre divers outils, bijoux, armes, tombeaux, parchemins des siècles passés et le jardin se prêterait plutôt pas mal à une teuf entre amis.

Dans la boutique de souvenirs nous croisons des têtes connues de touristes, déjà moquées pour leur comportement so cliché (non mais qui achète SÉRIEUSEMENT une djellaba pour la porter !? Quand ? Avec qui ? En quelles circonstances !?)

On commence à avoir la dalle mais la quête du resto qui me conviendra est un poil ardue (je ne suis pas difficile, je suis exigeante) (j’ai quand même fini par manger un tajine au bœuf, je ne suis pas un cas totalement désespéré).

On va prendre le café / thé au Cinéma Rif que j’aime d’amour, tout en continuant de s’interroger sur le nombre incalculable de vendeurs ambulants de mouchoirs. Y’a-t-il un taux anormalement élevé d’allergiques au pollen dans la ville ? Une tradition d’offrande de kleenex ? Un trafic inconnu ? Le mystère reste entier.

On retraverse ensuite toute la ville pour aller tester le Salon du Livre.
Evidemment, on se paume mille fois (les cuisseaux d’acier au bout de 4 jours, je vous dis pas) en chemin vers le Palais des Institutions Italiennes (qui envoie légèrement du bois).

Je ne vous cache pas que la populasse était globalement composée des expats francophones et de la haute société tangéroise (nous avons croisé les proprios du Dar Nour par exemple). Cela dit j’étais très contente de cette nouvelle facette du LONG WEEK END (qui était décidément très complet).

Nous avons assisté à une lecture autour d’un bouquin d’Abdellah Taïa, « Lettres à un jeune marocain » avec Tahar Ben Jelloun, Mohammed Hmoudane et des jeunes tangérois.
L’idée de ce bouquin est née d’un attentat suicide en 2008, suite auquel Abdellah Taïa a souhaité écrire une lettre à l’un de ces jeunes marocains qui pourrait être tenté par la radicalisation.
Je vous la fais courte, en tout cas c’était intéressant et assez prenant (surtout les textes des étudiants).

Depuis j’ai emprunté un bouquin de cet auteur à la bibliothèque et, si c’est bien écrit, je dois dire que ses thèmes de prédilection (prostitution, misère, homosexualité refoulée, inceste) ne m’encourage pas à lire les autres rapidement…

 

Après cette incursion intellectuelle et pour notre dernière soirée, nous n’avions plus qu’une obsession : trouver un endroit où boire des bières.

Soyons clairs, tu vas pas à Tanger pour picoler. Si fumer des spliffs en toute occasion, à n’importe quelle heure, en intérieur comme en extérieur, est accepté, c’est très différent pour l’alcool.
C’est comme ça qu’on se retrouve à taper dans Google : « où boire une bière à Tanger ? » en désespoir de cause.

Il y a bien El Morroco Club, duquel on se fait refoule direct (on a des baskets) ou quelques pubs éloignés du centre-ville mais rien de très tentant.

Jusqu’au moment où L. se rappelle de cette espagnole qui cherchait activement une bière dans la kasbah le premier jour et que nous avions retrouvé, rassérénée avec une mousse, au Cinéma Rif !

Ni une, ni deux, on court on vole vers cet endroit décidément parfait en tout point !

On trinque, ravies, à la Casablanca quand un jeune homme nous demande s’il peut nous poser une question : « Pour qui vous allez voter ? ».
ARGH ! PUTAIN ! Nous étions si déconnectées, si bien dans notre petite bulle loin de l’actualité nauséabonde de l’entre-deux tours…

S’en suit une discussion tout à fait sympathique avec Saïd, 27 ans, né dans une petite ville proche de la frontière algérienne, qui participe à répondre enfin à cette question persistante, « quel peut-être le quotidien de ces gens !? ».

Il nous demande quels autres pays on a déjà visité, et je pense pouvoir parler en nos deux noms en affirmant qu’on s’est senties particulièrement connes quand il nous a dit que lui n’avait jamais été en France car c’était très compliqué d’obtenir un visa.
J’ai déjà eu cette réflexion à Istanbul, mais putain, ces histoires de frontières et de passe-droits selon ta nationalité, c’est insupportable.

Cela dit, vous avez peut-être vous aussi déjà discuté avec Saïd. La journée il s’appelle Thomas et il tente de fourguer des options d’assurance aux particuliers pour une mutuelle française.

Je ne sais plus trop comment, nous nous sommes ensuite retrouvées à discuter avec Yassine, trentenaire surfeur tout juste revenue d’un séjour allemand. Une autre réponse à la ritournelle, « quel peut-être le quotidien de ces gens !? ».

22h30, le Cinéma Rif ferme ses portes, la Casablanca adoucit la nuit quand nous rejoignons sagement notre chambre, enchantées de cette dernière soirée aussi improbable que fidèle à la ville.

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Dimanche 6h30. Je suis réveillée avant que l’alarme de mon téléphone ne sonne. Je sors sur la terrasse, regarder le soleil qui se lève sur la Méditerranée.

Ces villes m’ont bouleversée.

Je ne sais pas vraiment comment l’exprimer et c’est sans doute un peu ridicule de le dire ainsi mais je crois qu’un fragment de mon cœur s’est brisé, pour rester à Tanger.

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Bande son :
Diabologum – De la neige en été
Mogwai – Mr Beast
Girls in Hawaii – Plan your escape
Thylacine – Transsiberian (principalement Memories)

Bières testées :
Flag
Casablanca

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