– Le jour ou la nuit ?
– La nuit, parce que la nuit on crée sa propre lumière tandis que le jour, elle est imposé par le soleil.

Edouard Baer.

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C’est vraiment un gros lover [Soundcheck #65]

Tous les onze mois (voire plus souvent), une rengaine en tête : « C’est le mois de novembre, Salope parmi les salopes, Traître parmi les traîtres, Qui nous a mis un coup de schlass dans le cœur et dans l’esprit »

L’horaire d’hiver, la nuit qui tombe par surprise, les lampadaires blafards, Fogville ou ailleurs, malgré la cure de magnésium ou de vitamine D, la grisaille contamine.

En parallèle (sans que je ne sache dire s’il y a un lien de cause à effet), le nombre de spectacles vivants au m² est à son maximum. Frustration (pas le groupe, le sentiment) et enthousiasme font cause commune dans un coin du cerveau en sautant d’une prog à l’autre.

 

JEUDI

Sans un regard pour le prix du diesel, je roule vers Nantes, seule dans ma voiture, pour la première date de la nouvelle tournée d’Odezenne.

Au Baccara, le 3e album tout juste pressé, est un shoot de sentiments contradictoires, 34 minutes 56 qui éblouissent, une confirmation d’intelligence artistique, 7 ans après la première écoute.

La salle est (trop) comble, la fanbase légèrement rajeunie, l’attente perceptible.
À quelques mètres, j’aperçois un ancien camarade de collège. Que je n’ai donc pas vu depuis 20 ans. VINGT ANS.

Et puis ça part. Rappeur skateur branleur. La crinière bouclée de Jacko, le manbun d’Alix, la casquette de Mattia. Leurs voix et façons de se mouvoir me chavire. Leur générosité, leurs sourires, leurs présences. Ces textes, ces instrus, ces sentiments.

La première moitié du set me laisse floue, la deuxième m’embrasse. Un inédit Bleu Fushia en guise de cerise. Les doses d’électricité, l’alchimie, les humeurs des uns et des autres, ça ne se calcule pas.

 

(Parenthèse : c’est bien joli de ne pas construire de parking afin d’inciter les gens à utiliser les transports en commun, soyons réalistes, ça incite juste à se garer comme une pine sur le bord de la route en priant pour ne pas se faire enlever sa caisse par la fourrière)

 

VENDREDI

Un apéro, 3 concerts, 3 lieux différents. Toujours plus de fun à Dogville (quand on a un parapluie).

Je me sens encore plus vieille devant Moha la Squale que devant Columbine.

Monté sur ressort, il escalade les retours, est torse nu au bout de cinq minutes, affiche un sourire banane démentiel et n’a même pas besoin de chanter car il a 1000 choristes.
Je reste 30 minutes, c’est un chouette live, je suis défoncée à moindre coût grâce à la moitié de la salle qui n’était pas née au moment de la promulgation de la loi Evin.

Je n’ai toujours pas trouvé à quel rappeur d’avant il me fait penser. Ça fait 6 mois que je l’ai sur le bout de la langue, ça commence à être pénible. (Si quelqu’un a une idée, je prends !)

 

Je me pose devant Agar Agar. 1h20 plus tard je suis dans l’espace. Je sors dehors complètement stone (sans substances alentour cette fois-ci pourtant). Un live qui monte chaque seconde en puissance, qui conclue avec classe.
Armand stoïque, Clara charismatique, set hypnotique.

 

C’est grâce à vous qu’on est célèbres [Soundcheck #64]

LUNDI

La joie au moment de faire mon planning trimestriel de spectacles vivants : les Fontaines DC passent à L’U. Un concert de rock irlandais, un lundi soir, entre 20h et 21h. La prog et l’horaire ont tout pour me plaire !
(Si je n’avais parlé à personne en sortant, j’aurai pu être chez moi à l’heure pour l’Amour est dans le Pré)

Rappelons que de l’autre côté de la Manche, les concerts débutent à 19h30, il peut y avoir trois ou quatre groupes, pour 23h c’est plié, on n’est pas là pour finasser !

Je suis devant, au centre, quand quatre musiciens et un chanteur au visage poupin entrent en scène. Le premier quart d’heure me laisse sur ma faim. Il manque d’alchimie entre les membres et les morceaux me semblent faibles.

C’était avant d’être immergée dans un bain sonique et lumineux, beaucoup plus en accord avec les EP dispos en ligne.
Si les musiciens (tendance diesel) ont clairement un style irlandais (tu les vois bien jouer de la flûte dans un pub de Temple Bar), le front man, normcore de l’extrême aux réflexes autistiques, a l’air plus britannique (sauf qu’il boit de l’eau). C’est dense, joué pied au plancher en 50 minutes, merci bonsoir ça fait beaucoup de bien !

 

MERCREDI

Sur la route du long week-end en Finistère (merci les morts), je fais une pause chez mes ex-collègues morbihannais (coucou !) pour l’ouverture des Indis avec Daniel Blumberg.

Heureusement que j’ai usé l’album Minus depuis quelques mois car je ne suis pas sûre que j’aurai été suffisamment ouverte pour apprécier cette expérience à sa juste valeur.

Échalas dégingandé au teint maladif, il est accompagné telle une ombre par une danseuse contemporaine (que j’ai d’abord pris pour une traductrice LSF), Lotus Edde Khouri.

Chaque note est morcelée, triturée, déstructurée à l’aide d’une guitare étrange (impossible de vous dire quoi), d’un harmonica et d’envolées a capella. Sa gestion des silences est telle qu’on n’entend pas un souffle, ni un applaudissement, durant l’heure de set.

Il n’y a pas plus de 20 secondes de mélodies enchaînées avant de casser les rythmes et tordre ce qui a pu être enregistré. Sur scène, dans une pénombre étudiée, c’est fascinant.

Entre les sons, des souvenirs et les fantômes se baladent dans mon Manège à moi.

 

SAMEDI

En sens inverse, après avoir quasiment adopté un choupisson, je révise mes gammes en me rendant à une deuxième soirée indisciplinéE.

Au-delà du plaisir sans cesse renouvelé de voir les collègues (coucou bis !), je suis en mode fangirl pour la nouvelle tournée de Columbine. Les enfants terribles rennais dont la carrière se télescope avec la mienne et dont les morceaux ne cessent de m’étreindre, viennent de sortir un nouvel album.

Je confesse n’être pas encore tout à fait au point sur les paroles (il est sorti il y a un mois, il y a 20 TITRES !!) (j’ai quand même les refrains), je me suis trouvée bien con parmi les fans (je fais d’ailleurs augmenter leur moyenne d’âge d’environ 20 ans) (il y a un moment ou la question de l’inadéquation entre mes goûts et mon âge va se poser de manière très critique).

C’était très bien. Leur énergie, la scéno, le son, leur sincérité non feinte, l’ambiance dans la salle, une ferveur innocente et réjouissante.
Le plan B, c’est pas pour tout de suite.

Parce que moi, plutôt que de régler les problèmes, j’essaie de me convaincre qu’ils n’en sont pas. Comme ça y’a plus de problème.

David Lopez.

Aamiainen

[HELSINKI PART IX]

Je vais être honnête, les dernières heures sur le sol finlandais ne sont pas faites d’adieux déchirants. Je piaffe quelque peu de retrouver Paris, des amis (et Rock en Seine). Je profite néanmoins de ma dernière demi-journée pour m’accorder un plaisir jusque là contrarié : un bon petit-déjeuner.

Cela n’étonnera personne, en me pointant dans de fameuses adresses à 10h30, je fais face à des fins de non recevoir. Genre après 9h45 il n’y a plus le droit de se faire un p’tit-dèj…

Je persiste jusqu’au District Design (quitte à marcher le ventre vide, autant le faire dans un environnement agréable) et tombe par hasard sur l’institution Ekberg !
Je suis donc trop tard pour la formule matinale avec buffet, mais je peux commander à la carte.

Pour un pain au chocolat, un jus d’orange et un expresso, la dame me présente une note de 14€. Mon passé de runneuse étant un peu loin, je n’ai pu céder à ma tentation première, mais je peux vous dire que cette chocolatine (ouais je suis violente ouais) m’est restée en travers de la gorge.

Pour le déjeuner, j’ai opté pour quelques courses dans le supermarché du coin et je suis allée me poser devant la mer, c’était bien mieux. Na !

J’ai fait un dernier tour au centre-ville, notamment pour entrer dans le magasin de mobilier Artek, qui vend toute l’oeuvre d’Arvo Aalto (et celle de Daniel Rybbakenin). Si vous êtes un peu short niveau budget, c’est le bon plan : en gros c’est les mêmes pièces qu’au Design Museo et l’entrée est gratuite.

Protip final pour les sans-papiers : personne n’a contrôlé mon passeport au retour.

 

En vrac pour conclure, diverses observations :

  • Il y a beaucoup d’hommes adultes blonds. Et c’est en me faisant la remarque que je me suis rendu compte qu’ils étaient rares en France
  • J’ai perdu environ 5h complètes à essayer de comprendre le réseau de transports en commun. Il y a de nombreuses lignes de tram mais pas un seul plan aux arrêts ou dans les rames
  • J’ai l’impression d’avoir perdu le même temps à attendre que le feu piéton passe au vert
  • Je ne sais toujours pas à quoi correspond la double signalétique (du suédois ?)
  • Les verrous ferment dans le sens contraire aux nôtres (bon à savoir quand tu vas aux toilettes)
  • Le rez-de-chaussée est nommé 1er étage (et donc le 1er étage c’est le 2ème)

 

Bières testées

  • Hell Hunt
  • Sandels
  • Karhu
  • IPA inconnue

B.O.

  • Young fathers – Cocoa Sugar
  • Cigarettes after sex – Cigarettes after sex
  • Son Lux – Brighter wounds
  • Miles Kane – Coup de grâce
  • Daniel Blumberg – Minus
  • Shame – Song of praise

Taide

[HELSINKI PART VIII]

De retour sur le continent, j’ai mis le cap sur Kallio (un quartier en devenir selon le Lonely) avec en tête les gâteaux du Good life coffee. Une fois de plus, je dirai que les guides sont un poil en avance sur leur temps, parce que je comprends bien l’idée, mais pour l’instant, ça reste un quartier sans intérêt particulier.

Et que dire du café en question, où j’ai acquis le seul cookie restant (et pour cause, il était 17h30, j’ai vite été mise à la porte car ça fermait à 18h !).

Pour contrer ce problème d’horaires, j’ai tenté d’aller découvrir Puu Vallila, « petit quartier ouvrier de charmantes maisons colorées bâties dans les années 1910 qui vous fera voyager dans le temps ».
30 minutes pour trouver cette putain de rue avec quatre maisons en bois, c’est un NON.

J’ai ensuite passé de nouveau une bonne demi-heure à chercher les bars recommandés par le saint Lonely, en pure perte pour la plupart. J’ai fini par tomber sur celui qui vend les pintes les moins chères d’Helsinki (on aime, on vous en parle), où je me suis hydratée en plein soleil, au milieu des bikers et autres spécimens de la faune locale.

Jeudi je commence par le Helsinki Art Museum. Qui n’ouvre pas avant 11h. J’ai un petit problème d’adaptation au rythme finlandais…

J’ai un plan B : le cimetière de Hietaniemi en bord de mer. Je vous la fait courte, il n’entrera pas dans mon top 5.

Je longe la côte jusqu’à la plage du même nom. J’entends qu’il soit agréable d’avoir accès à ce type d’agrément quand on vit en ville, mais je ne suis pas sûre que j’irais me baigner là (j’ai quand même goûté l’eau avec la main, surprise : elle était froide).
Étant donné qu’elle était vide en plein mois d’août, j’imagine que je ne suis pas la seule a être réticente.

Je retourne dans le centre faire un tour au Musée de la ville d’Helsinki. Il y a un étage temporairement dédié au thème Helsinki Clubbing, qui donne fort envie de faire la fête plutôt que de mater des tonnes de photos de gens qui la font.

Pour le déjeuner, je crois avoir trouvé le bon plan de la semaine à The Cock, avec buffet + café + pancakes pour 13€. Sauf qu’il n’y a plus de pancakes (une sombre histoire d’horaires…………..).
Mais il y a The boy is mine de Brandi & Monica en fond sonore, alors ça passe.

 

J’enchaîne avec l’expo de David Hockney au Taidehalli. Clairement c’est les œuvres mineures qui sont aux murs (pour 14€, c’est pas forcément un bon plan), mais j’ai trouvé ça assez intéressant (notamment les interviews vidéos) et un tableau m’a particulièrement parlé !

Grâce à mon instinct mélomane, sans le savoir, je suis à Helsinki le jour de la fête de la musique (qu’ils appellent Nuits des Arts mais nous ne sommes pas dupes). Pour l’occasion, l’entrée au Kiasma est gratuite à partir de 17h. Ô joie, je peux donc y retourner pour profiter pleinement de l’expo de Grayson Perry.

C’est assez fascinant cet art de la tapisserie, mêlé à des préoccupations / sujet très actuels et à la pop culture. Vu la taille et l’abondance de détails de chaque œuvre, il y a moyen de passer des heures à déchiffrer chaque centimètre.

En parallèle, il y a des concerts dans le hall du musée. J’ai loupé le set de Cledos, un rappeur finlandais qui doit être un peu connu vu le nombre de selfies qu’il a fait en sortant (rattrapage grâce à Spotify, c’est pas mal).

Sur le parvis du Conservatoire voisin, il y a un karaoké géant. C’est assez marrant, même si la plupart des gens choisissent des chansons finlandaises sur lesquelles je serais bien incapable de placer ma voix (qui eût cru qu’il y avait une telle production musicale dans ce pays !?).

Je traverse la ville pour me rendre sur la place de la cathédrale et assister à The Human Net dont j’avais vu les répétitions.

Je m’accorde une bière dans la cour d’un bar en attendant le début du spectacle. Je pleure une larme de sang quand je vois le prix du demi et déguste précieusement chaque goutte.

Heureusement, la beauté de La Fura dels Baus devant la cathédrale efface toute trace d’amertume.
(Ça ne rend rien en photo)

Le chemin dans l’autre sens, pour rentrer dormir, m’a permis de découvrir d’autres perles, dont un groupe de teenagers bien mis #girlsboysband.

Kuningatar

[HELSINKI PART VII]

Qu’elle ne fût pas ma surprise le mercredi matin en découvrant la salle du petit déjeuner, en sous-sol d’un bâtiment sans attrait.
Un délice d’époque soviétique !

Le soleil poudroie en cette nouvelle journée que je destine à une petite croisière vers l’île de Suomenlinna, incontournable destination selon tous les tops.

C’est 5 balles l’aller/retour, pour 15 minutes de traversée vers un ailleurs verdoyant !
Ça permet d’apprécier une vue panoramique sur Helsinki d’un côté, et sur la Baltique de l’autre, qui correspond assez à l’image que je me fais des archipels nordiques.

On accoste sur la plus grande île (il y en a quatre)  de la « forteresse de Finlande ».

Les maisons sont trop mignonnes, tu te dis qu’il doit y faire bon vivre mais la vérité, c’est que les ferries débarquent 200 touristes qui vont te prendre en photo tous les quarts d’heure.

Heureusement la superficie permet à chacun de se disperser à son gré (même si la plupart suivent le parcours indiqué) et de trouver des coins plus ou moins tranquilles.

Si les îles sont piétonnes, la densité de travaux sur tout le périmètre implique un certain nombre de véhicules de chantier.

J’ai pris mon pique nique afin de pouvoir choisir le lieu le plus idyllique pour le déjeuner. Ce petit ponton sur l’eau, à l’abri du vent, en compagnie des mouettes et moineaux (c’était sûrement pas ça mais vous voyez le genre d’oiseau quoi…) a eu mes faveurs, ainsi que celle d’une sieste au son de Cigarettes after sex (et c’était tellement mieux que le concert…) !

Se balader dans cet environnement est un ravissement total ! Comme c’est un ancien archipel d’îles militaires (classé au Patrimonial Mondial de l’Unesco) dont les fortifications ont été construites au XVIIIe et utilisées par les suédois, les russes, puis les finlandais, il y a un petit côté Game of Thrones par endroit.

Queeeeeen of the North !

Plusieurs musées jalonnent les chemins, sachant qu’ils coûtent chacun 8€ minimum, il vaut mieux faire son choix en avance. Ou n’en faire aucun, ce qui fût mon parti pris. J’ai néanmoins eu la chance de tomber sur ŠAMAŠ l’installation de Zad Moultaka créé pour le pavillon du Liban à la Biennale de Venise, qui était gratuite.
On est plongé dans le noir, l’éclairage de l’ancienne armurerie se fait au fur et à mesure, au son de chants anciens (?) où chaque voix est diffusée par une enceinte différente. C’était très beau.

Avant de repartir, je me suis quand même aventurée sur une deuxième île, où je n’ai pas croisé un chat, entre les bâtiments abandonnés (hôpitaux, bureaux administratifs, écuries ?).

 

Et j’ai repris le bateau, un peu à contre cœur, pour le continent.

Kirjasto

[HELSINKI PART VI]

Mardi je me lève aux aurores afin de revoir Tallinn sous le soleil avant de reprendre le ferry pour Helsinki. Je photographie autant que faire ce peut en me promettant de revenir en Estonie.

Le ferry du retour, s’il a sensiblement la même taille qu’à aller, dispose cette fois-ci d’une décoration toute soviétique (ou 80’s), ainsi que de deux musiciens qui jouent « live » du synthé. La reprise de Santana était particulièrement croquignolesque comme dirait l’autre (avant de mettre le terme en vente).

Des personnes prévoyantes ramènent des caddies remplis de packs de bières de l’autre côté de la Baltique (où la vie est environ 2 fois plus chère). Perso, je me contente d’une barre de Toblerone au chocolat noir (chacun ses plaisirs).

 

Pour ces trois nouvelles nuits à Helsinki, j’ai opté pour un hostel dans un quartier différent. Ce qui, sur le papier, semble être une idée plutôt maligne, ne l’est pas vraiment dans les faits.
Le quartier de Kampi, s’il est central, est aussi vraiment moins mignon et typique que le Design district où j’ai logé précédemment.

Quant à mon point de chute, en fait d’hostel il s’agit d’apparts hôtel qui occupent un pâté entier d’immeubles, l’accueil est à 100m de celui qui m’est dédié, le petit déjeuner dans un café plus loin dans la rue (nous y reviendrons), et vu le rythme des check in, ils doivent recevoir des groupes, des conventions commerciales etc.

Surprise en ouvrant la porte, ce n’est pas un dortoir mais un studio avec deux lits. Autant ça ne me pose pas (trop) de problème de dormir avec plusieurs inconnus, autant un.e seul.e ça me fait un peu flipper. Je croise les doigts jusqu’au soir.

 

Ma première mission (une fois de plus), est de trouver de quoi me sustenter (à une heure tardive pour le déjeuner).
J’entre dans la gare qui est signalée par mon guide comme remarquable. À l’intérieur, je tombe sur le Burger King qui l’est tout autant. Afin de pouvoir m’asseoir et observer tous les détails architecturaux, j’acquiers tout de même un Whooper.

Une fois rassasiée je me dirige vers le Kiasma, musée d’art contemporain situé à proximité.

Je prends mon temps pour visiter le premier étage (There and back again, contemporary art from the Baltic sea area, des œuvres intéressantes de Karel Koplimets, Artor Jesus Inkero et Flo Kasearu ), puis le second, avant que ne retentisse un message qui signale la fermeture imminente. À 17h. Raaah.

Je parcoure l’exposition de Grayson Perry au pas de course en m’émerveillant et me maudissant à la fois d’avoir payé 14 balles 1h plus tôt sans vérifier les horaires.

Karel Koplimets a traversé la mer Baltique sur cette embarcation constituée de canettes de bières ❤

Je reprends le Lonely Planet afin de trouver un endroit ouvert après 17h et cours vers la Bibliothèque Nationale qui fait des heures supp jusqu’à 18h.

C’est évidemment somptueux. Je m’installe dans la pièce centrale pour me rassasier les yeux.
(Fun fact : les sacs étant interdits à l’intérieur, chaque lecteur se trimballe avec un petit panier de courses pour transporter ses effets personnels)

En sortant sur le parvis de la Cathédrale (ou place du Sénat) qui domine la ville, j’observe un curieux ballet de personnes suspendues à des cordes, elles mêmes fixées à une grue, qui obéissent aux injonctions d’un chorégraphe ( ?) au sol.

Renseignement pris, ce sont les répétitions pour The Human Net, un spectacle qui aura lieux 3 jours plus tard (nous y reviendrons bis).

18h30, la seule occupation restante est de prendre un verre. Contrairement au samedi précédent, si le soleil est radieux, l’air est frais, je me félicite de mes vêtements d’automne.

Je m’installe d’abord sur un transat de la terrasse du Allas sea pool. Un grand complexe en bois qui dispose de deux bassins d’eau de mer (avec des gens dedans) (en maillot de bain) qui donne sur le port, orientation plein ouest, idéal pour le coucher de soleil.

Au bout de 20 minutes sans que personne ne vienne prendre ma commande, je me dirige vers le bar. Une canette de 25cl coûte 8€. Je poursuis mon chemin.

Un peu plus loin, toujours au bord de l’eau, je trouve une terrasse avec des plaids (malin) et des pintes de Sandels à 5€. La vraie vie en somme.

De retour à l’Hostel Domus Academica, je fais la connaissance de ma coloc, une sympathique étudiante allemande, qui va profiter de ses trois nuits pour rattraper le sommeil perdu lors de vacances entre amis. Je l’apprécie instantanément.

Šokolaad

[TALLINN PART V]

Lundi, il n’y a pas de saumon au petit dèj. Je n’aurai pas le temps de prendre des goûts de luxe (mais il y a tout de même des smoothies aux fruits rouges).

J’ai longuement étudié le plan de bus pour me rendre au Teletorn, la tour de télévision  située en périphérie de Tallinn. La grisaille ambiante me dissuade de faire un stop à Pirita Beach sur le trajet.

Entre temps, j’ai appris que c’était le jour de l’indépendance de l’Estonie (et que globalement, tout est donc fermé). Le bus est blindé de tallinniens (tallinnois ?), car il s’avère qu‘il y a des célébrations de l’Independance Day (The Singing revolution) au pied du Teletorn, qui a été un lieu important au moment de se défaire de l’emprise russe.
Je prends quelques minutes pour regarder les chars militaires d’un œil averti, afin de me fondre dans la masse (même si en vrai, je suis perplexe devant le côté ludique du truc).
Je ne pousse tout de même pas l’intégration jusqu’à accepter un drapeau estonien.

J’achète mon ticket pour l’ascenseur et me retrouve à 170m du sol, avec un panorama à 360° sur Tallinn et les environs. La vue n’est pas totalement dégagée mais c’est quand même pas mal. Il y a des militaires de tout pays en goguette dans l’espace, la mascotte Teletorn trop mignonne me fait coucou, l’ambiance est bon enfant.

Au rez-de-chaussée il y a une expo assez passionnante sur la vie au temps de l’ère soviétique, «There are no bananas. Time travel to soviet daily ». Une foule d’objets, avec les commentaires d’un gars qui a vécu cette période, sont rassemblés par thématiques. Il y a évidemment des choses totalement absurdes, aberrantes, anachroniques, d’autant + quand on percute que ça date d’il y a seulement 40 ans.

Un exemple marrant : le jour où le papier toilette est apparu dans le pays, il était vendu en librairie, car c’était du papier.

Je repars pour le quartier de Kadriorg où se situe, entre autres, un palais.

Premier étape : le salon de thé Katharinenthal car J’AI FAIM ! La pluie se met à tomber très sérieusement, je me sens obligée d’acquérir un gâteau au chocolat pour justifier ma longue présence (fun fact : le chausson aux pommes est nommé « french pie »).

Le grand-père de l’endroit, chargé de tamponner à la main chaque boîte de gâteau, s’installe à ma table. J’aimerai bien discuter mais il ne parle pas anglais, et mon estonien est toujours inexistant (je ne sais toujours pas dire « Au revoir », par contre je connais l’équivalent de « chocolat »). Du coup on se sourit, et c’est déjà pas mal.

Je finis tout de même par quitter mon abri, sans parapluie (damn it). Un chinois s’écarte de son groupe pour m’abriter jusqu’au Palais #bienveillance. Je poursuis jusqu’à la résidence présidentielle mais honnêtement, en regard de la magnificence du centre-ville, c’est limite décevant.

Trempée comme une soupe, je monte dans le tram pour rentrer à l’hôtel, il est 16h…

C’est là que le prix de la chambre se justifie : baignoire !

Dans mon fauteuil club, je commence par swiper sur Tinder (après des discussions avec plusieurs utilisateurs, dans un souci sociologique, je l’ai installé pour voir les différentes typologies selon les villes/pays) (croyez-moi, je n’ai swipé qu’à gauche). Et je regarde les premiers épisodes de la story fantastique d’Elise Costa, qui colle parfaitement à l’ambiance.

Funny girl de Nick Hornby, en anglais dans le texte, finit d’occuper ma soirée.

Kõndima

[TALLINN PART IV]

Je ne vais pas en faire des tartines (lol) sur le petit-dèj mais quand même… Ça doit être sympa d’être riche.

Je pars bille en tête à la découverte de Tallinn. J’ai trouvé par je ne sais plus quel biais, un article avec 10 hidden places of Tallinn à découvrir selon les locaux. Il y en a un, avec les hashtags urbex, street art et architecture qui me fait de l’œil.

Sur le chemin je m’arrête au EKKM, un musée plus ou moins alternatif, qui propose une expo avec plusieurs artistes contemporains (entrée libre sur donation).

J’aime pas mal une pièce, où de la musique de club s’allume par intermittence avec les lumières associées, avant de stopper et de plonger l’ensemble sous une lumière crue.

J’arrive au fameux Linnahall qui est une totale aberration construite sous l’ère soviétique au début des années 80 à l’occasion des JO, pour être la plus grande salle de spectacles et de sports du coin, avec héliport, patinoire, et consort.
Le bâtiment est abandonné depuis plus d’une dizaine d’année, laissé à l’usage des goélands et des habitants, qui y trouvent un super spot pour prendre l’apéro face à la mer, ou exprimer leur talents plastiques.

C’est immense et stalinien, d’un gigantisme dément.

Je poursuis le long de la côte pour aller faire un tour au Seaplane Harbour dont on m’a vanté les mérites. Je fraude le bus pour quelques arrêts, malgré des hommes en armes qui attendent avec moi (des chasseurs ?). Tallinn est la première ville européenne dans laquelle les transports en commun sont gratuits pour les habitants, je me sens comme chez moi, je me persuade que je suis dans mon bon droit. CQFD.

Je regarde le brise-glace à quai et la réhabilitation des hangars maritimes mais le prix du billet stoppe ma motivation déjà faible pour l’histoire maritime de l’Estonie.

Je me dirige vers le quartier de Kalamaja, avec une pause forcée dans un café végétalisé idéal pour bouquiner (Oivaline), à cause d’une soudaine averse.

Les maisons sont immenses, similaires, colorées et en bois. C’est très joli et assez dépaysant (voire anachronique pour l’européenne de l’ouest que je suis).

J’arrive au cœur de ce quartier qui se gentrifie gentiment, à côté de la station de tram Balti Jaam, où un marché couvert immense trône.
J’avale un sandwich au falafel (à ma décharge, c’est le seul mot que je comprends dans le menu, je préfère éviter les risques inutiles) avant de tester Gelato Ladies, recommandé par la Tallinn free map by locals qui me sert de guide (il n’existe pas de city guide de cette ville).
Je valide, même si la température de l’air n’engage pas franchement à se rafraîchir (au moins j’ai eu le temps de la manger avant qu’elle fonde) (coucou Marseille !).

 

À quelques mètres de là, c’est la Telliskivi Creative City qui s’est installée.

Et on rigole mais soyons honnêtes, des bâtiments indus en briques, avec des lettrines en façades, des tables en palettes et des containers réhabilités, dans lesquels des hipsters fiers de leur manbun et de leur barbe, nous servent du café équitable et des gâteaux vegans, c’est ça qu’on aime.

Bref, il y a des créateurs locaux, des pièces de street art, la nature traversée par une voie ferrée, des bâtiments en ruine, je suis en pleine extase.

Le tout est traversé par un vent d’est, une mélancolie automnale.

 

Je file vers les hauteurs de Toompuiestee pour surplomber la vieille ville. J’entre dans la magnifique cathédrale Alexander Nevsky, qui est un palliatif pour qui n’est pas encore allé à Moscou ou St Pétersbourg (moi).
C’est l’heure d’un rituel religieux que je ne saurai nommer, et vu le peu de fidèles en proportion des touristes, c’est un peu comme être au zoo.

Mine de rien ça fait environ 8h que je visite et l’hôtel me tend les bras.

Un mauvais point tout de même, la télé ne lit pas ma clef USB et la saison 2 de The Bold Type devra attendre.